10 Canadien·ne·s noir·e·s remarquables de l’histoire à connaître
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Le Mois de l’histoire des Noir·e·s est important, car les Canadien·ne·s noir·e·s ont contribué à façonner toutes les facettes de notre pays. Des droits civiques à la politique, en passant par les arts, les sports, les sciences et la justice sociale, leurs contributions ont fait de ce pays ce qu’il est aujourd’hui. Pourtant, trop souvent, leurs histoires sont encore méconnues, voire complètement absentes de ce \qu’on apprend à l’école.
C’est pourquoi, ce mois-ci, on est fier·ère·s de rendre hommage à 10 Canadien·ne·s noir·e·s remarquables de l’histoire à connaître, notamment des pionnier·ère·s, des acteur·trice·s de changement et des leaders dont les réalisations ont contribué à ouvrir la voie aux générations futures.
En partageant leurs histoires, on souhaite non seulement célébrer leur impact durable, mais aussi reconnaître la résilience, l’excellence et l’influence des Canadien·ne·s noir·e·s qui ont contribué à façonner ce pays. Leur héritage nous rappelle que l’histoire des Noir·e·s fait partie intégrante de l’histoire du Canada et qu’il est essentiel de la connaître, de la commémorer et de la célébrer.

Afua Cooper (née en 1957) historienne et poète
Le travail d’Afua Cooper a transformé la façon dont les Canadien·ne·s comprennent l’histoire de l’esclavage au Canada, une histoire souvent niée ou minimisée encore aujourd’hui.
Née en Jamaïque, Cooper a émigré au Canada en 1980. Elle est professeure et ses recherches portent principalement sur l’esclavage au Canada, la résistance des Noir·e·s et la diaspora africaine. Au-delà du milieu universitaire, Cooper est également une poète et une militante culturelle accomplie, qui utilise l’art et la narration pour amplifier les voix et les expériences vécues des Noir·e·s. Elle a publié 13 ouvrages dans des genres variés, dont l’histoire, la poésie, la fiction et la littérature jeunesse, et a reçu le prix Portia White (voir #6).
Par ses écrits, son enseignement et son engagement, elle a joué un rôle crucial dans la remise en question des mythes entourant l’histoire canadienne et dans la reconnaissance des contributions et des luttes des Noir·e·s.
Bromley Armstrong (1926–2018) syndicaliste et militant pour les droits civiques
Bromley Armstrong a été un militant engagé tout au long de sa vie. Il a remis en question les pratiques d’embauche discriminatoires et a contribué à faire avancer la lutte contre le racisme dans le mouvement syndical de Toronto et au-delà.
Né en 1926 en Jamaïque, Armstrong a immigré au Canada à la fin des années 1940. Il s’est rapidement impliqué dans les syndicats et la défense des droits de la personne, utilisant ces deux plateformes comme levier pour lutter contre la discrimination raciale dans l’emploi, le logement et les espaces publics.
Armstrong est particulièrement connu pour son rôle dans la dénonciation des pratiques commerciales discriminatoires à Toronto dans les années 1950 et 1960. Il a contribué à organiser des manifestations non violentes et des « manifestations assises » qui ont mis en lumière le refus de service envers les client·e·s noir·e·s. Ces actions ont directement conduit à un renforcement de la législation sur les droits de la personne en Ontario.
Wilson Brooks (1924–1997) éducateur

Né à Windsor, en Ontario, en 1924, Wilson Brooks a servi dans l’Aviation royale canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale, devenant l’un des premiers officiers noirs d’un escadron de bombardiers de l’ARC.
Après la guerre, Brooks a brisé des barrières dans le domaine de l’éducation. Il est devenu le premier enseignant noir embauché par le système d’enseignement public de Toronto, puis, en 1971, le premier directeur d’école noir du Toronto District School Board lorsqu’il a été nommé directeur de la Shaw Public School.
Au-delà de l’enseignement, Brooks s’est profondément impliqué dans l’activisme communautaire et la défense des droits de la personne. Aux côtés du Dr Daniel G. Hill, il a cofondé en 1978 la Ontario Black History Society, un organisme dédié à la préservation et à la promotion de l’histoire et du patrimoine des Canadien·ne·s noir·e·s. Il a également joué un rôle important dans la promotion des lois anti-discrimination et a contribué à faire reconnaître officiellement le mois de l’histoire des Noir·e·s à Toronto.
Leonard Braithwaite (1923–2012) politicien
Leonard Braithwaite a joué un rôle déterminant dans la fin de la ségrégation raciale dans les écoles de l’Ontario, un chapitre souvent oublié de l’histoire canadienne.
Il est également la première personne noire à avoir été élu à une assemblée législative provinciale au Canada (Ontario, 1963).
Né en 1923 à Toronto, Braithwaite a d’abord fait carrière dans l’enseignement avant de se lancer dans la politique. En 1963, il a été élu député provincial en Ontario, représentant la circonscription d’Etobicoke. Pendant son mandat, il est devenu un fervent défenseur de la lutte contre la discrimination raciale.
L’une de ses réalisations les plus importantes a été de mener avec succès la lutte visant à mettre fin à la ségrégation raciale dans les écoles de l’Ontario en 1965, faisant de cette province la dernière au Canada à abolir officiellement la ségrégation scolaire. Son engagement a contribué à ouvrir la voie à un système d’éducation plus équitable dans tout le pays.
Viola Desmond (1914–1965) pionnière des droits civiques

Souvent comparée à Rosa Parks, Viola Desmond a contesté la ségrégation raciale en Nouvelle-Écosse en 1946, neuf ans avant la protestation de Rosa Parks. Son cas a contribué à déclencher le mouvement des droits civiques au Canada, mais pendant des décennies, son histoire est demeurée largement absente des livres d’histoire.
En 1946, Desmond a été arrêtée à New Glasgow, en Nouvelle-Écosse, après avoir refusé de quitter une section « réservée aux Blanc·he·s » dans un cinéma. Elle n’a pas été accusée d’avoir défié directement la ségrégation, mais plutôt d’une infraction fiscale mineure — une utilisation injuste de la loi pour appliquer la discrimination raciale. Sa prise de position courageuse a eu lieu neuf ans avant la protestation de Rosa Parks aux États-Unis et est devenue un puissant symbole de résistance contre le racisme au Canada.
Elle est la première femme canadienne à figurer sur un billet de banque canadien, émis pour la première fois le 8 mars 2016.
Portia White (1911–1968) chanteuse classique
L’une des premières artistes noires canadiennes de renommée internationale, Portia White a brisé les barrières raciales dans le milieu de la musique classique. Malgré son succès mondial, elle a été confrontée à un racisme systémique dans son pays et demeure sous-représentée dans l’histoire des arts canadiens.
White était une contralto canadienne de renommée internationale et l’une des chanteuses classiques noires les plus célèbres du XXe siècle. Elle a acquis une grande notoriété après ses débuts à Toronto en 1941, avant de se produire partout au Canada, aux États-Unis, en Europe et dans les Caraïbes. Elle est ensuite retournée dans sa Nouvelle-Écosse natale, où elle s’est consacrée à l’enseignement et au mentorat de jeunes musicien·ne·s, laissant une empreinte durable sur la communauté artistique canadienne.
L’héritage de White perdure. Le Nova Scotia Talent Trust, qui a contribué à soutenir sa carrière, continue de décerner le « Portia White Award » aux artistes qui font preuve d’un engagement et d’un potentiel exceptionnels dans le domaine vocal.
Mifflin Gibbs (1823–1915) avocat, juge, diplomate

Figure de proue des communautés noires de Colombie-Britannique et d’ailleurs, Mifflin Gibbs a travaillé sans relâche en tant que politicien, homme d’affaires et défenseur des droits de la personne.
Il est devenu l’un des premiers juges noirs aux États-Unis et a œuvré au-delà des frontières pour les droits civiques et la justice économique.
Né en 1823 aux États-Unis, Gibbs s’installe à Victoria, en Colombie-Britannique, dans les années 1850 après avoir été victime de discrimination raciale. Au Canada, il devient un entrepreneur très prospère, copropriétaire d’entreprises et contribue au développement de la communauté noire de Victoria. Il cofonde également The Colored Citizen, l’un des premiers journaux appartenant à des Noir·e·s dans le nord-ouest du Pacifique.
Gibbs entre dans l’histoire en 1866 lorsqu’il est élu au conseil municipal de Victoria, devenant ainsi l’un des premiers élus noirs au Canada.
Mary Ann Shadd Cary (1823–1893) éditrice, éducatrice, abolitionniste

Première femme noire éditrice en Amérique du Nord, Mary Ann Shadd Cary a vécu et travaillé en Ontario, où elle a milité en faveur de l’autonomie, de l’éducation et de l’abolition de l’esclavage des Noir·e·s. Elle a combattu le racisme et le sexisme au sein des mouvements réformateurs.
En plus de publier son journal, The Provincial Freeman, Shadd Cary a également ouvert des écoles intégrées sur le plan racial et a encouragé les colonisateur·trice·s noir·e·s du Canada à poursuivre leur indépendance et un engagement politique. Plus tard, elle est retournée aux États-Unis, où elle est devenue l’une des premières femmes noires à obtenir un diplôme en droit, poursuivant ainsi son combat de toute une vie pour les droits civiques et l’égalité.
Thornton Blackburn (1812–1890) bâtisseur de communauté
Esclave en fuite qui s’est installé à Toronto, Thornton Blackburn a contribué à la fondation d’une des premières communautés noires de la ville. Il a également exploité le premier service de taxi de Toronto et a aidé les personnes en quête de liberté qui arrivaient par le chemin de fer clandestin.
Né·e·s esclaves dans le Kentucky, Thornton Blackburn et sa femme Lucie Blackburn ont fui vers Détroit, puis en Ontario dans les années 1830. Avec l’aide d’abolitionnistes, le couple est parvenu à Toronto, où il a pu vivre librement.
Le service de taxi de Blackburn (le premier à Toronto), connu sous le nom de City of Toronto and Suburban Cab Company, a connu un grand succès et a contribué à créer des emplois pour d’autres membres de sa communauté.
De plus, Blackburn a contribué à établir un précédent juridique historique qui protégeait les personnes en quête de liberté contre le retour à l’esclavage, tout en soutenant activement sa communauté en offrant des logements abordables et un refuge à des dizaines d’autres personnes qui cherchaient la sécurité et un nouveau départ au Canada.
Marie-Joseph Angélique (c. 1705–1734) figure de résistance à l’esclavage

Marie-Joseph Angélique est aujourd’hui reconnue pour avoir résisté à l’oppression.
Son histoire a été mise en lumière par la Dre Afua Cooper, dont le livre sur l’esclavage au Canada, « La pendaison d’Angélique : l’histoire de l’esclavage au Canada et de l’incendie de Montréal », a marqué un tournant dans l’étude de l’esclavage au Canada et dans la région atlantique, ainsi que dans l’histoire des femmes.
Angélique vivait à Montréal à une époque où l’esclavage, tant des Autochtones que des Africain·e·s, était légal, bien que cette réalité soit trop souvent effacée des livres d’histoire canadienne. En 1734, Angélique est accusée d’avoir déclenché un grand incendie qui a détruit une grande partie de Montréal. Plusieurs historien·ne·s pensent que cette accusation était liée à sa résistance connue à l’esclavage et à ses tentatives d’évasion.
Angélique a été jugée et punie par les autorités coloniales. Si la vérité sur ce qui s’est réellement passé reste controversée, son cas révèle les dures réalités de l’esclavage, du racisme et de l’injustice dans le Canada colonial.
Les histoires de ces dix Canadien·ne·s noir·e·s remarquables ne représentent qu’une petite partie d’un héritage beaucoup plus vaste qui continue de façonner le Canada d’aujourd’hui. En rendant hommage à leurs contributions, on reconnaît à la fois les progrès accomplis et le travail qui reste à faire.
Que ces histoires inspirent une réflexion continue, des conversations constructives et un engagement renouvelé à célébrer et à faire entendre la voix des Noir·e·s tout au long de l’année.







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