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Nora Bernard : la femme micmaque qui a influencé le cours de l’histoire canadienne

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  • 16 oct.
  • 5 min de lecture
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La plupart des Canadien·ne·s n’ont jamais entendu parler de Nora, cette femme micmaque dont le combat pour la justice a changé la façon dont le pays voit la vérité et la réconciliation et a rendu possible la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens.

 

Elle s’appelait Nora Bernard. Son histoire n’est pas seulement celle d’une survie, mais aussi celle d’une vision, de leadership et d’une force collective qui continue de nous guider aujourd’hui.


Un combat acharné pour la justice


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Membre de la Première Nation de Millbrook, en Nouvelle-Écosse, Nora a survécu au pensionnat autochtone de Shubenacadie, où des milliers d’enfants autochtones ont été arraché·e·s à leur famille. Dès son enfance, elle a défendu ses frères et sœurs et d’autres personnes victimes de maltraitance. Cette même détermination a façonné sa vie de militante et de leader.

 

À seulement 16 ans, Nora a épousé un homme non autochtone et a perdu son statut légal en vertu de la Loi sur les Indiens. Sans statut, elle n’était plus autorisée à vivre dans sa communauté. Bien qu’elle ait retrouvé son statut en 1985 grâce au projet de loi C-31, son appartenance à la bande n’a été rétablie qu’en 2006, un an seulement avant sa mort. Pendant des décennies, elle a vécu à quelques pas de son lieu de naissance, mais séparée de sa parenté. Cette séparation est un rappel brutal de la violence persistante des systèmes coloniaux.


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Nora a porté le poids de ces injustices avec dignité et force et les a transformées en un combat de toute une vie pour son peuple.

  • 1987 : Nora a commencé à inviter d’autres survivant·e·s chez elle, en Nouvelle-Écosse. Ces conversations sont devenues la base d’un organisme représentant les survivant·e·s de Shubenacadie.

  • 1995 : De nombreux·euses avocat·e·s ont refusé de prendre en charge les causes liées aux pensionnats autochtones, mais Nora a persisté jusqu’à ce que John McKiggan, un avocat d’Halifax, accepte de représenter leur groupe. Au nom de l’organisation, Nora a intenté le premier recours collectif contre le gouvernement du Canada, afin d’obtenir une indemnisation pour les survivant·e·s des pensionnats.

  • 2007 : Suivant son exemple, des survivant·e·s d’autres pensionnats autochtones et d’autres provinces ont intenté des poursuites similaires. Ces efforts se regroupent éventuellement, donnant lieu au plus grand règlement collectif de l’histoire canadienne : la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens. En 2012, près de 80 000 survivant·e·s avaient reçu 1,9 milliard de dollars en compensation pour les sévices et traumatismes subis. Tragiquement, Nora a été assassinée avant de pouvoir voir le résultat de son combat, mais son héritage était déjà profondément ancré dans la vie des survivant·e·s et de leurs familles.

  • 2008 : Dans le cadre du règlement, la Commission de vérité et réconciliation (CVR) du Canada est créée. La même année, Nora reçoit à titre posthume l’Ordre de la Nouvelle-Écosse pour l’ensemble de son œuvre.

  • 2008 à 2015 : Pendant sept ans, les commissaires de la CVR — l’honorable Murray Sinclair, la journaliste et militante Marie Wilson et le Dr Wilton Littlechild — ont travaillé sans relâche pour recueillir les témoignages des survivant·e·s. En 2015, les 94 appels à l’action ont été publié, une feuille de route pour la réconciliation entre les peuples autochtones et non autochtones.

  • 2021 : Grâce au plaidoyer des survivant·e·s comme Nora et Phyllis Jack Webstad (fondatrice de l’initiative Journée du chandail orange), le 30 septembre est déclaré Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, une journée pour honorer les survivant·e·s et se souvenir des enfants qui ne sont jamais rentré·e·s chez eux·elles.


  • 2023 : Dans un geste symbolique, la ville d’Halifax rebaptise la rue Cornwallis en rue Nora Bernard, transformant un lieu autrefois associé à l’oppression en un espace qui honore désormais le courage micmac et le leadership communautaire.

Son héritage et le travail à venir


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L’histoire de Nora est celle d’une femme déterminée, résiliente et profondément attachée à sa communauté. Bien qu’elle ait été une figure centrale, elle n’a jamais été seule. Des survivant·e·s de tout le pays se sont joint·e·s à elle, partageant leurs histoires et refusant que la vérité reste cachée. Ensemble, ils·elles ont fait évoluer le débat national.

 

Cela fait maintenant dix ans que les 94 appels à l’action de la CVR ont été publiés, mais les progrès restent inégaux. Plusieurs appels n’ont toujours pas été mis en œuvre, qu’il s’agisse de lutter contre les inégalités systémiques dans l’éducation et la protection de l’enfance ou de s’assurer que la voix des survivant·e·s continue de guider les efforts de réconciliation.


Mais la réconciliation ne se résume pas uniquement par l’action du gouvernement.


Partout au pays, les peuples autochtones mènent des initiatives puissantes en faveur de la revitalisation des langues, de la guérison des communautés, de la réforme en protection de l’enfance et de l’éducation. Ces initiatives incarnent la force et la vision dont Nora elle-même était porteuse et prouvent que la réconciliation est un processus vivant fondé sur le leadership communautaire.

 

L’importance de se souvenir de Nora


À l’occasion du Mois de l’histoire des femmes, nous rendons hommage à des leaders telles que Nora Bernard, qui ont fait preuve de courage, défendu la justice et transmis leurs savoirs aux générations futures.

 

Son histoire nous rappelle également que la réconciliation ne peut être dissociée de la lutte continue pour mettre fin à la violence envers les femmes, les jeunes filles et les personnes bispirituelles autochtones. En 2007, malgré tout ce qu’elle a donné pour protéger les autres, Nora a elle-même été victime de violence. Son histoire illustre à la fois les méfaits de la colonisation et la force de ceux·celles qui y résistent.


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Ces vérités relient son héritage à la crise nationale des femmes, filles et personnes bispirituelles autochtones disparues et assassinées (FFADA2E). Se souvenir de Nora, c’est se réengager à mettre fin à cette violence et à garantir la sécurité, la justice et la dignité des générations futures.

 

Lui rendre hommage signifie plus que simplement se souvenir de son nom. Cela signifie :


  • Écouter les survivant·e·s et amplifier leurs voix.

  • Reconnaître le leadership et l’autodétermination des communautés autochtones.

  • Agir en réponse aux appels à l’action de la CVR et aux appels à la justice des FFADA2E dans nos familles, nos écoles, nos milieux de travail et nos gouvernements.

Nora nous a montré que le changement est possible lorsque la vérité est dite, que les relations sont entretenues et que le courage est porté collectivement. Son histoire nous rappelle que la réconciliation ne repose pas sur la culpabilité ni sur des gestes symboliques, mais sur la responsabilité, la réciprocité et la marche commune dans le respect mutuel.

 

Comme Nora nous l’a appris, le courage d’une personne peut déclencher un mouvement, mais c’est grâce à la communauté et à l’action collective que les héritages perdurent.

 

Références et lectures complémentaires :


Mi’kmaw Kina’matnewey, Madeline Nora Bernard: A Legacy of Resistance and Resilience.

 
 
 

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